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3.9.10

29 aout : un petit coin de paradis

Le lendemain de cette folle journée à Beket-Ata, je retrouve Berndt, l'Allemand, à Aktau. Nous décidons d'aller voir Fort-Sevchenko, une ville pétrolière distante de 150 km, et ses environs. Une fois sur place, nous partons vite pour les « environs »... Un gars nous conduit en jeep jusqu'à un « mini-canyon » que nous souhaitions voir. Finalement le mini-canyon ne sera pas extraordinaire, mais sur le chemin nous trouvons un endroit paradisiaque : les ruines d'un ancien sovkhoze, au milieu desquelles errent quelques chameaux, au bord de la Caspienne. Le paysage est splendide, l'eau est claire (je n'avais jamais vu la mer Caspienne propre !), nous nous baignons,... l'extase.




Notre chauffeur, un gars un peu lourd qui a fait 20 ans de prison pour meurtre... (nous l'apprendrons qu'a la fin du voyage !) :



Un chameau qui mange tranquillement dans les rues de Fort-Sevchenko :



Et en cadeau, la photo ridicule du mois :

Mes amis les chameaux, dans les ruines du sovkhoze :

Beket-Ata, ou : comment je me suis retrouvée à faire mes ablutions.

Beket-Ata, un nom mystérieux... des Finlandais rencontrés en Ouzbékistan m'en avaient parlé en ces termes : « il faut absolument que tu y ailles ». Beket-Ata est un lieu saint de l'islam, la Mecque du Kazakhstan. C'est tout ce que je savais avant de m'y rendre. En fin de compte j'ai passé à Beket-Ata l'un des moments les plus incroyables et les plus passionnants de ce voyage.

Comment raconter cette folle journée... Ca a commencé dans un jeep russe avec 8 autres compagnons de voyage kazakhs, très tôt le matin. On s'arraête d'abord à Chopon-Ata, un autre lieu saint sur la route de Beket-Ata. Je noue vite fait un foulard sur ma tête et je suis le groupe. Les femmes me prennent rapidement sous leur aile et m'initient au lieu... C'est ainsi que je me retrouve à faire mes ablutions, m'accroupir tous les 200 mètres dès que quelqu'un entame une prière, passer les mains sur mon visage lorsqu'elle se termine (l'équivalent du signe de croix), boire de l'eau bénite du puits, tourner trois fois en silence autour de certains arbres ou lieux, puis partager le bechbarmak traditionnel (plat à base de viande de mouton ou de cheval accompagnée de pâtes plates géantes) avec mes compagnons de route. C'est la première fois que je mangeais un vrai bechbarmak, celui qu'on mange avec les doigts, assis en rond autour d'un grand plat, avant d'avaler le bouillon dans lequel il a été cuit. Bon, il faut quand même dire que ronger un os de mouton à 9h30 du matin quand on rêve d'un bon petit dej, c'est un peu rude.

La degustation du bechbarmak :




Évidemment, je n'étais pas forcément très à l'aise pendant toute cette cérémonie. Je me sentais comme une gamine à qui il faut tout dire, er qu'on surveille du coin de l'œil pour voir si elle ne fait pas de bêtises. Et bien entendu, je vous passe le moment où j'ai éternué en pleine prière, ou pire, celui où j'ai manqué de me ramasser parce que je ne tiens pas bien la position « accroupie » alors qu'eux peuvent rester des heures comme ça.

Bref, après toutes ces émotions, nous parvenons au but de ce voyage : Beket-Ata. 3 bâtiments perchés au milieu d'un paysage magnifique : 1 pour les sanitaires, 1 pour préparer le bechbarmak du soir; et 1 pour manger et dormir. Le tombeau de Beket-Ata se trouve quant à lui à 3 km de là. Il y a là une centaine de pèlerins et nous nous joignons à la masse pour partager un repas. Chacun a apporté de quoi garnir une immense table : bonbons, pain, salades, pastèque, etc. Après ça une bonne sièste de 2h30, les femmes dans une pièce, les hommes dans une autre. Malheureusement il y a beaucoup plus de femmes... En image ça donne ça :



Mes copines me réveillent pour aller prendre des photos. Elles demandent à un jeune homme qui passe de nous photographier toutes les trois...



Quelques secondes après ce cliché, j'apprends que le jeune homme est Allemand, qu'il est ici par hasard, un peu paumé, seul avec 3 filles kazakhes qui l'aident à comprendre ce qu'il faut faire. Bref, un ami !!!!! Je n'en crois pas mes yeux, lui non plus... on est très content de se trouver. Ca relève même du soulagement.

A 16h tout le monde part à pied vers le tombeau de Beket-Ata, cheminant à travers un paysage splendide. Un paysage kazakh comme je me les imaginais, démesuré, renversant, féérique. Par contre, il fait 50 degrés et il n'y a pas d'ombre... (de douche non plus d'ailleurs).




Ensuite c'est « quartier libre » jusqu'au bechbarmak. A deux, nous sommes tout à fait repérables en tant qu' « étrangers » et les Kazakhs, adorables, viennent nous parler, prendre une photo avec nous, ou juste nous saluer. Bref, nous sommes un peu la deuxième attraction-phare du coin après le tombeau ! Nous avons notamment une discussion intéressante avec deux Kazakhs (très remontés contre leur Président) sur les systèmes de protection sociale. En russe, oui oui... évidemment, du coup, on a pas abordé la question des régimes spéciaux de retraites, je vous le dis tout de suite.

On doit repartir le lendemain matin. Vers minuit, en allant me coucher, je me rencarde sur l'heure du rendez-vous pour repartir... « Le chauffeur a dit 3 heures ». 3h... Dans 3 heures ? Oui, dans 3 heures. La conception du « tôt le matin » des Kazakhs n'est clairement pas la même que la nôtre. Je ne sais pas ce qu'ils appellent « en pleine nuit » en fait... En tout cas, à 3h pétantes tout le monde est dans le minibus. J'ai somnolé 3 heures dans une pièce éclairée à côté de gens qui faisaient la vaisselle.

Mes compagnons de route :



Paysage sur la route :

31.8.10

Aktau, tout un poème

Me voilà au bord de la Caspienne... Le Lonely Planet décrit cette ville comme « une des plus étranges cités de l’ex-URSS ». Je confirme. Je dirais même que le terme « étrange » est, par sa neutralité, un peu trop sympathique. Cette ville est désagréable. Enfin… il y a la mer, tout de même, mais justement, quand on imagine quel endroit ça aurait pu être… on reste sans voix devant une telle catastrophe urbanistique. Les architectes soviétiques avaient concrétisé à Aktau un nouveau concept de ville divisée en secteurs portant chacun un numéro. Sans nom de rue. Une adresse, par exemple : secteur 27, bloc numéro 8. A la base, ce n’était déjà pas très convivial. En plus, Aktau, contrairement à la très grande majorité des villes d’Asie centrale, n’a que peu de verdure, et aucun grand parc. Bref, ce n’était pas la plus réussie des villes soviétiques. A cela viennent s’ajouter les horreurs récentes : un bord de mer en train d’être en grande partie privatisé par la construction de grandes villas ceinturées de barrières infranchissables. Mis à part 200 mètres de côte proprette avec des cafés sympas dans le centre-ville, les quelques accès publics à la mer sont glauquissimes. Complètement laissés à l’abandon, ils se transforment peu à peu en décharges. Quelques cabanons en tôle fréquentés par des alcooliques et protégés par des chiens errants complètent ce sombre tableau. Les plages sont très sales : jonchées de bris de verre, truffées de mégots... Et l’eau n’est pas bien attirante non plus… Le seul « parc » de la ville (le « parc des enfants ») est lui aussi devenu une grande friche apocalyptique. On y trouve des vieux manèges abandonnés, un cimetière de pneus, des bidons et de la tôle rouillés, des bancs cassés, du verre pilé…

Le cimetière de manèges pour enfants d'Aktau :

Le cimetière de pneus d'Aktau :

Je me suis un peu ennuyée sur la plage, alors... hum... j'avoue, j'ai scotché sur une mouette :

23-25 août : 45 heures de train à travers les steppes

Les petites virées de 16 ou 24 heures en train n’étaient qu’un petit entrainement ridicule avant LE grand voyage… celui qui mène vers la mer Caspienne : 45 heures depuis Astana. Petite précision pour mieux comprendre la géographie kazakhe : d’abord, il faut se souvenir que le Kazakhstan fait partie des 10 plus grands pays du monde (en superficie). A l’extrême-est la Chine, de l’autre côté la mer Caspienne. Au nord la Russie, au sud, les autres pays en -stan. Maintenant, coupons le Kazakhstan en deux : dans la partie Est, il y a Astana (au nord), Almaty (au sud), le grand lac Balkhash, des grandes villes industrielles, des montagnes (sud-est), des lacs, bref pas mal de choses à voir et puis surtout le cœur économique et politique du pays. Dans la moitié ouest… un énorme no man’s land de steppes qui doit faire à peu près 3 fois la superficie de la France. Et puis au bout, la mer Caspienne et deux villes d’importance : Aktau et Atyrau. Des villes qui battent au rythme de l’exploitation des gisements pétroliers de la Caspienne.

Ce petit point géographique explique en partie pourquoi le trajet a duré 45 heures. Et qu’est-ce qu’on fait pendant 45 heures dans un train ? Ben… on lit, on mange des soupes de nouilles chinoises deux fois par jour, on boit du thé, on dort. Et on prie pour que la batterie de son MP3 ne lâche pas. Niveau communication avec les voisins, c’était calme… Il est vrai que je suis entrée dans le train d’une humeur massacrante, ce qui ne m’a pas aidé à me faire tout de suite des amis. Ensuite j’ai trouvé une fille de 17 ans avec qui papoter un peu et partager mes moments « soupe de nouilles ». Elle est serveuse dans un café à Aktau. Ses parents voulaient qu’elle fasse des études, mais elle ne voulait pas… A part les téléphones portables, il n’y a pas grand-chose qui la passionne, manifestement. Il y a eu aussi cet Ouzbek très sympa venu me poser un milliard de questions, et puis le « provodnik » (chef de wagon) qui voulait savoir s’il pouvait exercer le métier de « provodnik » en France… Je lui ai répondu qu’il serait transformé en un simple contrôleur et qu’il passerait son temps à faire des petits trous et filer des amendes. Tout de suite, c’était moins attractif.

Mais bon, globalement, c’était très très long.

Excursion dans la petite Suisse du Kazakhstan... le lac Burabaï

Oui, j'aime les lacs... Et celui-ci est accessible en 3 heures de minibus directement depuis Astana. Dans tous les pays du monde il y a une « Suisse » et une « Venise ». Eh ben Burabaï, c'est la « petite Suisse » du Kazakhstan. L'endroit est beau, oui, mais le plus exceptionnel n'est pas ce lac en lui-même : c'est qu'il se trouve au milieu des steppes. Un lac entouré de montagnes, au milieu des steppes. Du coup, il y a tout un tas de légendes qui circulent par ici...

Personnellement j'ai passé une très bonne journée, malgré la pluie qui a un peu gâché le paysage. Tout ça parce que cette journée m'a offert quelques belles rencontres. Je me suis retrouvée dans un minibus pour un tour du lac commenté en russe et traduit en anglais (ou presque) spécialement pour moi. Du coup j'ai vite sympathisé avec la guide, et puis aussi avec le gars qui gérait les excursions. Ca m'a fait un bien fou de parler avec des gens (en anglais), de me marrer un peu autour d'un thé, de me balader avec eux... J'ai adoré. Et puis le troisième larron très sympathique, c'était Kostia, le chauffeur de minibus, qui a voulu papoter tout le trajet retour.

La photo de groupe, obligatoire, même si on ne se connaît que depuis 10 minutes :




Le lac et ses légendes... Là, on voit le visage d'une femme... (oui, sur la pierre) :



Ma guide préférée, Gouljamal (oui, tout le monde lui dit qu'elle ressemble à une Chinoise) :




Mes amis qui ont ensoleillé cette journée : Gouljamal, Kostia mon chauffeur, et Donya, l'organisateur des excursions :

21.8.10

19-21 aout : Astana, nouvelle capitale

16 heures de bus pour rejoindre Astana, via Pavlodar où je passe une nuit dans un hôtel de misère. Disons que l’hôtel est correct mais il accueille toute la misère de la région. « Le Kazakhstan d’en bas » comme dirait peut-être le Président Nazabaev.

Astana est une ville incroyable. Une ville nouvelle qui n’a pas grand chose à voir avec Sénart ou Cergy-Pontoise. Non, là on part d’un bled de 2000 habitants au milieu des steppes et on en fait une capitale clinquante en moins de 2.

Bref, Astana c’est un peu le Disneyland des architectes et des urbanistes. Un espèce de mélange entre le quartier de la Défense, Walibi-shtroumpf, et le centre commercial d’Evry-Courcouronnes. Si le but du nouveau quartier était d’imprressionner, c’est réussi :

Voilà ce que ça donne… (desolee on entend que le vent) :




Il faut dire que ce n’est pas laid du tout. Esthétiquement, on sent qu’il y a eu de la recherche… Bon le principal problème c’est peut-être qu’il n’y a pas grand monde… Quelques cravates à droite à gauche mais je n’ai pas croisé de quoi remplir une tour.

Je vous passe aussi la nouvelle perle d’Astana : une énorme cloche sous laquelle se cache un concept hybride de centre commercial doublé d’un parc d’attractions…


Voilà. Heureusement, il y a aussi (et surtout) une vieille ville, plus humaine, plus grouillante aussi, parsemée de quelques coups d’éclat architecturaux, qu’ils soient soviétiques ou plus récents. Et un immense parc en plein milieu de la ville, bordant le fleuve Ichim. Ce qui créé moultes endroits fort agréables.


Une aire d'autoroute...



Oui ben moi elle me plait, cette photo...



Et ces tours aussi, elles me plaisent :






Le nouveau quartier :














Le nouveau centre commercial en forme de cloche :



16-18 août : Semeï

Semeï… la ville dans laquelle les Russes ont exilé Dostoïevski pendant 5 ans, celle qui a vu naître et veillir de nombreux grands écrivains kazakhs (dont Abaï, la star nationale), bref, une ville fière de son passé intellectuel. Mais la région a également un lourd passé nucléaire… Kourchatov, à 70 km de Semeï, a été un terrain d’essais nucléaires de l’ex-URSS (467 explosions entre 1949 et 1991). En 1989, un mouvement de révolte a amené les dirigeants à stopper le massacre, mais les effets se font encore sentir aujourd’hui (maladies, déformations, etc.).

Bref, une histoire passionnante. Malheureusement pour moi, pour visiter le musée des essais nucléaires à Kourchatov, il faut une invitation personnelle de son directeur. Quant au musée Dostoïevski, il est en partie fermé pour travaux. Bref, c’est légèrement frustrant. Mais la ville est assez plaisante.

Monument dédié aux victimes des essais nucléaires (une femme qui protege son enfant, et le nuage de l'explosion) :



Ma statue préférée :

15 août – 16 août : Oust-Kamenogorsk

Un bus tres matinal m’amène dans une petite ville au doux nom d’Ayagoz. Il est 9h, je m’offre une bonne cotelette-purée avant de repartir. Et un café, "siouplait"… Hélas, il n’y a pas de bus ni de train avant minuit pour aller plus au nord. J’opte donc pour l’auto-stop. Un taxi me lâche sur ce qu’on appelle là-bas la « grande route ». J’ai à peine le temps d’écrire le nom de ma destination sur un carton (avec une faute d’orthographe en plus, la honte) que déjà une voiture s’arrête. C’est ainsi que je rencontre Edel, 26 ans, policier, et son petit frère. Ils rentrent de vacances, passées en partie dans la famille à Almaty et au bord du lac Ala-köl (the place to be, décidément !!).

Je subis un interrogatoire pendant 4 heures en russe. Mais ils sont vraiment adorables.
Le soir, Edel (le chauffeur) m’emmène visiter un peu la ville et boire une bière. C’est la première fois qu’il rencontre une étrangère et il en est tellement fier qu’il me présente à tous ses collègues policiers… et dieu sait s’il y en a. C’est ainsi que le lendemain, en me balladant dans la ville, je me fais arrêter toutes les 10 minutes par des flics : « hé salut, euh… comment tu t’appelles déjà ? », « ah salut… euh… et toi c’est comment ? ».

Mais la ville m’inspire peu. Je la parcours dans tous les sens, mais je ne lui trouve ni intérêt ni charme… Surtout, je voulais me rendre dans une région reculée à partir de cet endroit, mais impossible d’avoir un début de commencement d’information. Rien. J’abdique et je file vers Semeï.

Cette petite video tournee dans la voiture me donne l'occasion de vous faire entendre la daube musicale francaise qui fait fureur en ce moment en Asie centrale... :



Les immeubles sovietiques d'Oust-Kamenogorsk :




Edel :

"Mais qu'est-ce que tu fais là ? Non mais sérieusement..."

Suite à ces quelques expériences touristiques au Kazakhstan, mon hypothèse est la suivante : le Kazakhstan n’a pas de politique, ni même d’ambition, touristique. Le Kazakhstan n’est pas un lieu où l’on fait du tourisme. C’est un endroit où l’on cherche du pétrole, du gaz et des minerais.

D’abord, il n’y a très peu de transports permettant de rejoindre les sites présentant un intérêt touristique. Les transports ont quasiment tous une vocation purement « utilitaire » (domicile, travail).

Ensuite, sur place, les habitants ne sont absolument pas sensibilisés à l’intérêt des sites qui les entourent. Sur les rives du lac Ala-Köl, la situation était même assez cocasse puisqu’il y avait deux grands panneaux informant les touristes sur « l’île aux oiseaux » et son patrimoine naturel, des beaux panneaux financés par des ONG et les Nations-Unies… Mais ensuite rien ne suit… Ca nous donne juste envie d’y aller, mais on ne peut pas, à part à la nage.

Et puis surtout, quand je discute avec des Kazakhs, la première question qu’ils me posent (après : d’où tu viens ?) c’est : « tu es ici pour le travail ? ». « Non, je voyage ». « Oui mais… pour le travail ? C’est quoi ton travail ? ». « Non, je ne travaille pas… je suis là juste pour voir le pays… faire du tourisme ». Généralement il s’en suit un silence très interrogatif. Les Kazakhs ne comprennent pas bien l’idée qu’on vienne « voir » le Kazakhstan. Sur leurs visages on peut lire « tu s’rais pas mieux à Miami beach, dis ? ».

Touriste au Kazakhstan, c'est un peu comme marxiste au FMI ou naturaliste ches Total : on ne comprend pas bien le concept.

D'ailleurs, il faut se rendre à l’évidence : il y a très peu de voyageurs, ici… En Ouzbékistan j’en croisais à la pelle, ici je n’ai croisé qu’un groupe de 4 Allemands en 15 jours. Je suis toujours « l’étrangère » (non, même pas « la Française », juste « l’étrangère »), celle qu’on dévisage en souriant, genre « tiens, qu’est-ce qu’elle fait là, elle, elle s’est perdue ? », et même avec une certaine compassion parfois (« oh ma pauvre petite, toute seule ici… »). Oui, car les Kazakhs ne comprennent pas non plus pourquoi je suis toute seule. Vraiment pas.

Bref, pas grand monde, mais vu comme ce pays est difficile d’accès, vu comme ses trésors sont bien planqués, ce n’est pas très étonnant. Moralement c'est un peu lourd, parce que je donnerais cher pour avoir une conversation en francais ou en anglais, bref une conversation susceptible de mobiliser plus de 200 mots de vocabulaire.

En attendant, pour me consoler, je mange des Twix (qui s'appelaient Raider avant l'invention du marketing... Ca c'est pour une Nantaise qui se reconnaitra).

20.8.10

13-14 août : Usharal et le lac Ala-Köl ('le Kazakhstan balnéaire, épisode 2")

Usharal est une petite ville à proximité du lac Ala-köl, tout à l’Est du Kazakhstan, à 100 km de la frontière chinoise. Lac qui abrite notamment une île magnifique, appelée « île aux oiseaux » du fait des nombreuses espèces qui y nichent.

Usharal est une ville sans intérêt majeur, mais qui me plaît bien. Atmosphère détendue, habitants sympathiques, et tout ce qu’il me faut : un « centre de télécommunications » (en fait un petit magasin qui possède une photocopieuse et 2 ordinateurs reliés à Internet), quelques boutiques, un hôtel pas cher et confortable, un restaurant. Et la gare routière accessible en 5 minutes à pied depuis l’hôtel. Parfait, quoi.

Le lendemain je déniche un bus aux aurores pour le lac. Sur les rives : une étroite bande de cailloux noirs qui sert de plage, et qui se remplit peu à peu de Kazakhs en slip et en tongs. Ca doit être le Saint-Trop’ du coin… Perso, je ne suis pas venue pour la plage, mais plutôt pour aller voir l’île. Je fais un sondage auprès de la population locale, mais les réactions se ressemblent : « tu veux aller où ? Sur l’île ? Quelle île ? Ahhh là-bas… pourquoi ? Tu veux pas aller à la plage plutôt ? De toutes façons pour aller sur l’île il faut un bateau » « Oui je m’en doute, justement je voudrais savoir où est-ce que je peux trouver des bateaux… » « Ah ben non, il n’y a pas de bateau ici, je ne crois pas… ». Bref, la loose totale. A 10h, après avoir erré dans le bled, j’abdique. Pas de bus avant 18h, donc retour à Usharal en stop. D’ailleurs, c’est un bus qui me prend en stop… !

Ca, c'est une grappe de chauffeurs de taxi qui attend le client :



Petite visite de la poste d'Usharal :



Et le lac...







11-13 août : lac Balkhash (ou : "mais il est où ce lac de 17 400 km² ?")

Le lac Balkhash est un immense lac qui s’étend sur 17 400 km² au sud du Kazakhstan. A l’instar de la mer d’Aral, il est malheureusement en train de s’évaporer… notamment à cause de la surexploitation par la Chine d’un des fleuves qui l’alimentent : l’Ili.
Mais avant d’être un souci écologique, le lac Balkhash est, pour les Kazakhs, un lieu de détente. J’ai souhaité aller me détendre moi aussi. Objectif : la plage de Lepsi, théoriquement la plus directement accessible depuis Almaty.

Je monte dans le train à 14h30, un billet pour Lepsi en poche. C'est parti pour 10 heures de...







Le train est censé s’arrêter à Lepsi à 1h du matin. Le chef de wagon est censé m’avertir. Préssentant que les choses allaient mal se passer, je ne ferme pas l’œil et à minuit et demi je suis aux aguets. Le chef de wagon se marre en me voyant debout : « ahhh tu t’inquiètes hein ! T’as peur que je t’oublie ! ». Euh… oui, un peu. Mais selon lui, j’ai le temps…. A 1h, le train ne marque pas d’arrêt. Il s’arrête un peu plus tard mais selon le chef de wagon, ce n’est pas Lepsi. Puis il ne s’arrête plus… Des passagers éveillés entament la conversation, me demandent où je vais, etc. Je leur explique la situation. Ils appellent le chef de wagon qui se joint à la conversation. Ca discute, ça discute… pour arriver à la conclusion qu’on a certainement dépassé Lepsi depuis un bon bout de temps. En même temps, selon eux, c’est beaucoup mieux ainsi, car à Lepsi même il n’y a ni hôtel ni taxi… j’aurais débarqué en pleine nuit dans un village au milieu de nulle part. Le lac et les hôtels sont à 20 km.

Bref, à les écouter, je suis soulagée d’avoir loupé l’arrêt. Je descends à la station suivante, à 3 heures du matin. Deux passagers m’aident à trouver où dormir : en fait, il n’y a pas trop le choix, seulement 4 lits dans la gare, dans deux chambres qui ne ferment pas. Une dame m’installe gentillement, et m’aide à planifier la suite : « tu veux aller au lac Balkhash ? Ah ben il faut aller à Lepsi… » « Hum… j’en viens… » « eh ben il faut y retourner, il y a un train demain à 7h30, je te réveillerai ». Ok. De toutes façons je ne ferme pas l’œil de la nuit. Une chambre qui ne ferme pas, dans une petite gare en plein milieu du Kazakhstan, des chiens qui hurlent dehors… l’atmosphère n’est pas tout à fait apaisante.

A 7h30 je suis debout, 1h30 plus tard le train arrive, il n'y a plus de place théoriquement mais ce n'est pas un problème : il suffit de donner un peu d'argent à un chef de wagon et on monte. C'est la version kazakhe du surbooking.

Le chef de wagon soudoyé est très sympa. Il m’installe dans sa cabine, sur son siège, et lui reste debout. Il m’offre du thé, me fait la conversation… Adorable. Tout en l’écoutant, j’avale mon petit dej : une soupe de nouilles chinoises. Mmmm…

2 heures plus tard, je descends enfin à Lepsi. Petit bled… Le chef de gare me trouve un chauffeur, et voilà que je débarque enfin dans une station balnéaire kazakh : 2-3 blocs de maisons qui font office d’hôtel, 5 yourtes, et la plage. C’est tout. Pas un café, pas un resto, rien. Je m’installe dans une chambre du seul hôtel qui a l’électricité. Au programme, ben… pas trop le choix : plage. Il y a là quelques familles kazakhs en vacances. 10 pékins à tout casser.

L’endroit est à la fois surréaliste et magnifique, mais une journée me suffira amplement. Le lendemain, je pars vers d’autres horizons.










La steppe, ca fait le meme bruit que la neige... si, si... bon, presque

9.8.10

7-10 aout : Almaty

Almaty... un autre monde, qui m'est bien plus familier. Un urbanisme sovietique classique (larges avenues bordees d'arbres, quadrillage, parcs), des enseignes europennes, des prix europeens, aussi...

Beaucoup de changements donc... Les voitures s'arretent lorsque des pietons veulent traverser (oui je sais, ca n'a l'air de rien comme ca, mais apres deux mois de traversees perilleuses et stressantes, ca fait un choc), des courgettes sont apparues dans mon lagman (= plat traditionnel centre-asiatique, dont la base est une soupe de nouilles), et il y a des vraies librairies avec des livres dedans (si si).

Des courgettes dans mon lagman :




Autre gros changemet : j'ai l'impression de voir plus d'eglises orthodoxes que de mosquees... Bon en meme temps, on ne peut pas les louper :



Sinon il y a des coins pas desagreables pour prendre un cafe :



De superbes bus...



Et une Tour Eiffel (hum... qui sert de support publicitaire) :