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8.8.10

La monnaie ouzbeke, ca vaut de l'or...




Pas la peine de s’enflammer, ce tas de billets c’est à peine 30 euros… He oui, le plus gros billet en Ouzbekistan, c'est 1000 soms, soit environ 40 centimes d'euros. Donc pour acheter une voiture il faut quelques valises de billets...

Plus exactement, ce tas de billets c’est à peine 30 euros au marché noir, et presque 40 au cours officiel.
Oui, parce qu’en Ouzbékistan il y a 2 taux de change : le cours officiel et le marché noir. Sachant que le cours du marché noir est déterminé par les banques elles-mêmes… La différence entre les deux est énorme : avec 1 dollar on a environ 1600 soms dans une banque, contre environ 2200 au marché noir. Evidemment, tout le monde va changer dans la rue… C’est très simple, généralement les changeurs viennent à vous, quand vous vous promenez avec des sandales, un appareil photo et un sac à dos. Sinon il suffit de chercher sur les marchés des gens qui ne vendent rien mais qui errent avec un gros sac plastique à la main. C’est rare qu’il y ait des melons, dans le sac…

Pas mal d’Ouzbèks se font plus ou moins d’argent avec ce système : ils achetent des dollars et les revendent en se prenant une petite commission.

Evidemment, ce système attire peu les investissements étrangers...

31.7.10

27 juillet - 3 aout : repos à Tashkent

Depuis les émotions liées à ma situation clandestine, je me repose. Je suis dans une guesthouse sympathique, un repaire de "backpackers" du monde entier. Je sors un peu la journée, je me ballade, et le soir on boit des bieres et on mange du melon en refaisant le monde vautrés sur un tapchan. Ce n'est pas désagreable. Bon la plupart des gens ne restent que 2 ou 3 jours à Tashkent, donc je commence a me sentir un peu "meuble"... J'ai l'impression que le monde bouge et que moi, je suis collée. Je regarde défiler les voyageurs et leurs histoires, assise sur un coussin. Et je donne des infos sur le cafe Internet le plus proche, les heures d'ouverture des musées ou les meilleures brochettes de mouton à proximité...


Et puis pour le plaisir, un peu de lyrisme presidentiel :



Quel poete ce Karimov !

Et puis un bazar ou l'on trouve tout pour reparer tout et n'importe quoi... a condition de ne rien chercher :

26-27 juillet : comment se retrouver clandestine en Ouzbekistan

Je suis bien décidée à tenter de passer la frontière kirghize entre Andijan et Osh. Personne n'a pu me dire si elle fermée ou ouverte aux étrangers, je sais juste que les Ouzbeks et les Kirghizes ne passent pas.
Helas, arrivée sur place, je trouve une frontiere vide, avec deux militaires ouzbeks qui s'ennuient a l'entrée, et qui sont ravis de me voir debarquer (ca fait une distraction). Il y a là aussi un Coréen qui s'est fait refouler. On cause 5 minutes, ils regardent mon passeport, qu'est-ce qu'il fait chaud aujourd'hui, et je repars. Le seul moyen d'accéder au Kirghizstan depuis l'Ouzbekistan en ce moment est l'avion. 7 heures de taxi plus tard je suis à Tashkent.

Le lendemain je tente de trouver un vol pour Bishkek : pas moyen avant le 4 aout, tout est plein. Mais le 4 aout c'est précisement la date de fin de mon visa kirghize. Je tente d'aller à l'ambassade kazakhe pour demander un changement sur mon visa qui me permettrait de passer par Bishkek. Trop de monde, pas moyen de rentrer. Ensuite je vais à l'aéroport pour me renseigner sur l'extension de mon visa ouzbek. En fonction de la manière de compter les jours et d'interpreter le visa, il se termine entre le 26 et le 29 (et mon visa kazakh ne comnmence que le 3 aout). On est le 26...
Je tombe sur un gars qui m'explique que mon visa se termine le 27, donc demain. Je lui demande si je peux le prolonger aujourd'hui. Impossible, la caisse est fermée. Il me dit de revenir le lendemain.

Le lendemain je me repointe au bureau de l'immigration. Je tombe sur d'autres personnes qui regardent mon passeport, comptent avec leurs doigts en silence, discutent entre eux puis me lancent un regard embarassé : "votre visa s'est terminé hier, mademoiselle... vous n'etes pas en situation régulière, nous ne pouvons pas prolonger votre visa".

Hum... Ben on fait quoi alors ? Y'a moyen qu'on m'expulse gratuitement au Kirghizstan, ca m'arrangerait ? Je peux choisir mon vol charter ? Non ? Bon... J'ai une pensée pour tous ceux qui se font arreter en France, je me dis que ma situation est vraiment extremement cool : on me sourit, on me dit de ne pas m'inquièter, on va trouver une solution...

Je reste assise 3 heures dans ce bureau en attendant la solution. Ils traitent d'autres dossiers, passent de temps en temps des coups de fil mystérieux à mon sujet, regardent mon passeport toutes les 10 minutes, recomptent les jours... Moi je joue à la fille trop angoissée, trop désolée et en meme temps simple victime de l'erreur de leur collègue...

Un des flics souhaite absolument mon numero de téléphone pour m'emmener faire un tour le lendemain... Evidemment je refuse de lui donner mais je ne dois pas l'offenser, alors je cherche tout un tas d'excuses, je prends son numero en lui faisant croire que je vais l'appeler le lendemain, en réalité je veux juste mon visa et ne plus voir sa tete.

3 heures plus tard, la magie opère. J'ai mon extension de visa... Meme pas eu besoin de filer un bakschich.

Du 23 au 25 juillet : vallée du Fergana

La vallée du Fergana, située a l'Est de l'Ouzbekistan sur la route du Kirghizstan, est connue pour etre le "foyer islamique" du pays, la ou des mouvements radicaux comme le Mouvement Islamiste d'Ouzbekistan prennent leur source, la ou la révolte gronde sur fond d'atmosphere pieuse. Bon, au final, les mosquées sont un peu plus fréquentées que dans le reste de l'Ouzbekistan, mais le Président a fait un tel "ménage" que le radicalisme semble tout a fait contenu... Personnellement, j'avais traversé cette vallée juste apres les évenements de 2005 a Andijan (écrasement sanglant d'une manifestation), l'ambiance etait donc un peu tendue et l'islam devenait de plus en plus un refuge pour exprimer cette révolte. Cette annee je suis surprise par le calme qui y règne. Pourtant, la vallée a accueilli il y a peu les masses de réfugies ouzbeks en provenance du Kirghizstan... mais ils sont déja repartis, sans laisser de trace. On dirait qu'il ne s'est absolument rien passé. Je trouve aussi quelques changements dans les tenues vestimentaires féminines. En 2005, la différence avec la capitale m'avait choquée, les femmes portaient toutes la tenue traditionnelle, robe longue de rigueur, aujourd'hui nombre d'entre elles s'habillent de maniere bien plus décontractée. Du moins, c'est mon impression.

Quelques bribes de l'ambiance du bazar d'Andijan :



On peut gouter plein de trucs bizarres :

29.7.10

23 juillet : comment envoyer un tapis ouzbek en France

A Boukhara, j'ai eu le malheur de craquer pour un beau tapis (style afghan). Tapis que j'ai souhaité envoyer en France depuis la poste de Tashkent, histoire de ne pas me le trimballer pendant 2 mois.

Episode 1 : ou est la poste ?
On m'indique une poste "à 10 minutes a pied". Je ne la trouverai jamais. J'entre dans un hotel de luxe pour me renseigner (en anglais). Les filles passent quelques coups de fil et me conseillent la poste centrale. Un coup de taxi et me voila sur place.

Episode 2 : la poste centrale
Apres avoir trouvé le bon guichet et attendu une dizaine de minutes, une jeune femme regarde mon tapis et me demande : "et vous avez le certificat ?". Je lui sors ma "facture". "Non, ce n'est pas un certificat, ca... pour avoir le certificat il faut aller... (la je ne comprends plus son russe)". Je m'énèrve, elle s'énèrve,le ton monte mais je n'ai pas le choix : je prends l'adresse et je m'en vais.

Episode 3 : trouver un endroit quand on ne sait pas ce qu'on cherche
Mon chauffeur de taxi ne connait pas cette rue, moi non plus, et elle n'est pas sur mon plan. Bref on tourne dans le quartier 3 plombes avant que quelqu'un nous indique la bonne rue. Pendant cette recherche, le chauffeur me demande : "mais c'est quoi que vous cherchez?" "je ne sais pas, je veux juste envoyer un tapis..." "la poste ?" "mais non j'en viens... c'est un bureau qui doit me faire un certificat..." "un bureau de quoi?" "JE SAIS PAAAAAS !!!!". Bref, la discussion patauge.

Episode 4 : le bureau de l'expertise des objets d'art
Voila, le mystère est éclairci : il s'agit d'expertiser mon tapis. Deux Ouzbeks me recoivent, ils regardent le tapis puis me font part de la somme à payer pour avoir le certificat : pas loin de 40 dollars. Evidemment, ca m'agace,je leur dis que je ne comprends rien à ce pays, que c'est du vol, que je ne veux pas payer et que je ne suis pas prete d'acheter un nouveau tapis en Ouzbekistan. Mais je me calme tres vite car je me rends compte qu'en face de moi, j'ai deux cremes qui ne demandent qu'à m'aider et non à m'arnaquer... Ils sont désolés, ils m'expliquent que sans ce certificat je ne pourrai ni envoyer le tapis ni le passer à la prochaine frontière. Je n'ai pas le choix. Je paye. Ils m'offrent le thé, des gateaux et une tenture... Puis ils me ramènent en voiture jusqu'à la poste. Adorables...

Episode 5 : retour à la poste
La meme jeune femme me prépare mon beau colis et me fait remplir des papiers, 3 fois de suite les memes papiers car à chaque fois il y a quelque chose qui cloche dans mes réponses... C'est pas grave, j'ai repris mon calme, je peux lui en faire 27 si elle veut. Le "colis" est bien entendu un bout de tissu qu'elle ferme en le cousant elle-meme avec son aiguille, puis en ajoutant des sceaux à la cire.

Apres ces 3 heures de démarches, mon tapis est expedié.

21 juillet 2010 : Chakhrisabz

Chakhrisabz est la ville natale de Tamerlan (il y est né en 1336). On y trouve son palais d’été, sa statue (bon, comme partout en Ouzbekistan), le mausolée d’un de ses fils (Jahongir), le mausolée d’un de ses conseillers spirituels, et d’autres mausolées construits pour ses descendants.

Je ne sais pas si ca a un lien avec Tamerlan, mais l’atmosphere de cette ville me semble oppressante. Les gens me devisagent bizarrement. Peut-etre que le débardeur est mal vu, ici... Je me dis aussi que je dois traverser une crise de paranoia (inévitable dans un voyage) jusqu’au moment ou des gamins me jettent des cailloux. Euh... non, ca ne doit pas etre de la paranoia. Je quitte rapidement les lieux pour retrouver la douceur de Samarcande.

Dans le taxi collectif...



Tamerlan : on est megalo ou on on me l'est pas...

Du 17 au 21 juillet 2010 : Boukhara

Boukhara n’a guère changé, elle. Il faut dire que la ville est plus dense, notamment le seteur de la vieille ville, donc ne se prête guère aux expériences urbanistiques. Quelques images d'une atmosphere assez magique :













Le Liab-i-Haouz (place centrale de la vieille ville de Boukhara organisee autour d'un bassin) by night. Atmosphere kitsch mais plaisante :

Du 14 au 17 juillet 2010 : Samarcande

Drôle d’impression en arrivant à Samarcande… une impression de vide, de desertion. Le Régistan est toujours aussi impressionnant de beauté, mais quelque chose a changé, c’est certain… Ah oui, c’est ça, il y avait un musée archéologique ici, dans un gros bloc soviétique. Le bloc a été rasé, pour faire un petit parc un peu triste, sans âme. Comme à Tashkent, le sapin est à l’honneur… Pourquoi ce choix ? Mystère. Les urbanistes ouzbèkes ne sont manifestement pas très tournés vers les essences locales.




Et cette rue Tashkent, celle qui va du Régistan à la mosquée Bibi Khanoum, entièrement refaite, pavée, bordée de magasins de souvenirs déserts… une rue pour les touristes, surfaite, qui ne va pas avec la ville. Le bazar qui se trouve au bout de cette rue en subit gravement les conséquences : il est vide… ou presque. On n’y vend plus que des cacahuètes et des salades… Triste bazar, qui était encore bien actif il y a deux ans.

Heureusement, lorsque l’on quitte les artères à touristes, que l’on dépasse la façade mi-kitsch mi-coquette de la nouvelle Samarcande, on retrouve la vraie, les ruelles, les maisons traditionnelles, la vie, les commerces, etc. Evidemment, ce n’est pas parce que les voyageurs aiment les vieilles villes historiques que celles-ci ne doivent pas changer. Les Ouzbeks aiment bien les petites rues pavées proprètes et je les comprends. Mais les changements apportés à Samarcande sont trop radicaux, peu respecteux de son histoire, trop « cheap »… et visiblement les besoins des habitants n’ont pas dû franchement intervenir dans les décisions. Il s’agissait plutôt de construire un circuit touristique qui « valorise » l’image de la ville. C’est raté, je pense. Et un peu inquiétant pour l’avenir.








22.7.10

Du 12 au 14 juillet 2010 : Tashkent

J'avais oublié comme cette ville était belle et agreable...
Ou alors il faut y aller 3 fois avant de l'apprecier vraiment. Troisieme solution : c'est l'effet post-Tadjikistan.
Toujours est-il que je passe une excellente journée à flaner, manger des glaces, siroter des jus de fruits sur des terrasses ombragées,...
La ville a quand meme bien changé et je peine à reconnaitre certains endroits. Un nouveau palais (des congres ou d'autre chose) flambant neuf (un peu trop tape-a-l'oeil) a surgi sur la place Amir Timur, place qui a d'ailleurs ete devastée... beaucoup d'arbres en ont fait les frais... mais c'est plutot une reussite d'avoir degagé cet espace.

La place Amir Timur (Tamerlan) :



Le plus discret des hotels, l'hotel Ouzbekistan :



Broadway :



Les terrasses...

20.7.07

La mort d'Aral

Depuis leur indépendance, les 5 Républiques centre-asiatiques de l’ex-URSS (Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan, Turkménistan) doivent gérer le lourd désastre écologique hérité de l’Union Soviétique : sols dégradés, eau polluée, déchets radioactifs... Et cette mer d’Aral dont on parle déjà presque au passé.

Dans les années 50, les planificateurs soviétiques ont décidé de spécialiser l’Asie Centrale dans la production de coton. Cette culture, très gourmande en eau, a nécessité la création d’un vaste système d’irrigation, détournant les deux principaux fleuves de la région : le Syr Daria et l’Amou Daria, soit les deux fleuves qui se déversent dans la mer d’Aral. C’est ainsi que l’homme a créé « la plus grande catastrophe écologique du XXème siècle ». La mer d’Aral, insuffisamment alimentée au profit des champs de coton, a perdu 60% de sa surface depuis 1960. Elle est même coupée en deux depuis 1989. Les côtes ont reculé de plus de 100 km. Les deux principaux ports, Aralsk et Mouinak, sont devenus des cimentières de bateaux où errent d’anciens pêcheurs devenus alcooliques, des femmes anémiées, des enfants désoeuvrés.

La disparition de la mer d’Aral a de multiples conséquences : changement climatique, tempêtes chargées de sable et de sel qui stérilisent les terres, eau et aliments empoisonnés par les pesticides, poissons tués par l’augmentation de la salinité des eaux, drames sanitaires (anémies, cancers du foie, tuberculose et des taux de mortalité infantile et d’enfants malformés ou handicapés parmi les plus élevés au monde). Sans compter la mort économique de toute une région qui ne vivait que de la pêche.

Les habitants ont vu se succéder pendant 30 ans des centaines d’experts venus des quatre coins de la planète, et ont écouté autant de promesses politiques. Mais, mis à part un barrage construit en 2005 avec l’aide de la Banque mondiale dans le nord pour sauver la « Petite Mer », rien ne bouge. Et la mer, la grande, ne cesse de s’éloigner. Le problème ? Trop coûteux. A l’heure de la mondialisation et du « développement durable », l’humanité laisse disparaître une mer et mourir une région ? L’heure est grave… D’autant plus que « l’erreur » pourrait bien se reproduire : le lac Balkhash (Kazakhstan), deuxième lac de la région, est également menacé d’assèchement : les Chinois puisent toujours plus dans le principal fleuve qui l’alimente, pour les besoins de leur agriculture et de leur industrie pétrolière. Et c’est toute l’Asie Centrale qui pourrait se trouver à court d’eau potable, avec les conséquences humanitaires et géopolitiques que l’on peut imaginer. Alors à quand un statut mondial pour ces biens communs de l’humanité et le financement de leur protection par des écotaxes internationales ? Face à cette doctrine productiviste (qu’elle soit communiste ou capitaliste) qui considère la nature comme un réservoir de ressources au service de la croissance économique mondial, la question mérite d’être posée…

Le Piaf n°16 - Juillet / août 2007